Tiranë, confinement

Confinement

Parmi mes proches, il y a celleux : qui vont bien, qui ont un système immunitaire affaibli, qui sont hospitalisé·e·s en soin longue durée, qui sont au bord de la mer, qui ont des jardins, qui ont de trop petits appartements, qui désiraient le télé-travail, qui ne travaillent jamais, qui doivent continuer à travailler, qui ne peuvent plus travailler et s’inquiètent pour l’argent qui ne tombera pas, qui cultivent la terre, qui nourrissent les autres, qui culpabilisaient de laisser leurs enfants pour aller travailler, qui avaient besoin du travail pour avoir un espace à soi, qui n’ont pas l’habitude d’être en couple chaque heure, qui rêvaient d’être toujours ensemble, qui sont nomades et se sentent coincés en appartement, qui ne savent pas où aller, qui traversent les frontières et ne peuvent plus, qui voyagent en Asie et dont je n’ai pas de nouvelles, qui se disent chouette je vais pouvoir écrire, qui ne savent pas ce qu’il vont faire de tout ce temps retrouvé, que la solitude calme, que la solitude angoisse terriblement, qui ont peur pour ceux qu’ils aident et qu’ils ne savent plus comment aider, qui se tiennent au confinement, qui n’y croient pas et rencontrent leurs amis, qui travaillent en milieu hospitalier, qui sont antivax, qui croient à la médecine, qui ont peur de croiser des flics à chaque coin de rue, qui détestent la police, qui se rappellent de Surveiller et punir, qui ne comprennent pas pourquoi on peut travailler en usine mais pas se promener en couple, qui se demandent si Jeff Bezos va bien.

Tiranë, Albanie. Confinement.
Tiranë, Albanie, printemps 2019.

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